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mardi 6 juin 2023
dimanche 8 novembre 2015
dimanche 10 août 2014
jeudi 7 août 2014
mercredi 30 juillet 2014
vendredi 14 mars 2014
samedi 4 février 2012
Journal de deux sections en Afghanistan
Avec la mort le 20 janvier dernier de quatre Français tués par un soldat afghan, l’Afghanistan revient sur le devant de la scène et l’accélération du retrait des troupes devient plus que jamais un argument électoral. Dans ce contexte, 150 soldats du 3e Génie sont sur place depuis le mois d’octobre. Extraits du journal de deux chefs de section.
Les vœux du lieutenant François-Xavier, chef de section
« Deux mois se sont presque écoulés depuis notre arrivée sur le territoire afghan. La 1re section de la 1re compagnie de combat du Génie a pris ses quartiers dans la Fob (*) Surobi et a tout de suite été engagée sur une mission génie pure : le recueil de renseignements terrain. Une mise en jambe nécessaire pour beaucoup d'entre nous car nous ne connaissions pas tous ce pays.
Malgré un vent parfois glacial, le soleil est présent depuis notre arrivée. La pluie bretonne ne peut pas être comparée ici. […]
Que dire de nos journées ? Elles sont bien remplies. De l'entraînement (pour toujours rester prêts), de l'instruction (pour accroître nos connaissances) et des missions bien entendu.
Nos sens sont plus qu'en alerte
Les différentes vallées que nous devons sillonner commencent à ne plus avoir de secrets pour nos sapeurs. Les moindres recoins (le tas de pierres qui a changé de place, la terre qui a été mélangée, l'angle du compound, la route qui change d'aspect) de nos zones d'évolution sont connus. Une simple modification dans le paysage et nos sens sont plus qu'en alerte : ils sont multipliés.
Ainsi nous avons pu parcourir les vallées de Gwan, Tizin, Jegdalak et Uzbeen. Cette dernière est une vallée toute en altitude et, pour y parvenir, il faut emprunter une route en sommet de crêtes. La 1re section a été engagée sur toutes ces vallées au nord- est de Kaboul en Afghanistan dans les deux mois qui ont suivi son arrivée au Pays de l'Insolence. Régions dont la sécurité va être transférée aux forces de sécurité afghanes, à commencer par le district de Surobi. Gageons que notre section continue sa mission avec toujours la même détermination et le même professionnalisme.
Des paysages majestueux, une mission aussi passionnante qu'exigeante et une camaraderie à toute épreuve sont les ingrédients de notre séjour et notre motivation pour remplir notre devoir.
Toute la section se joint à moi pour vous souhaiter tous nos vœux de bonne et heureuse année 2012 ! »
(*) Base opérationnelle avancée
2e section ou la chronique d'une fin d'année 2011
« Voilà déjà un mois que la section a pris pied en Surobi et vit au rythme des missions d'ouverture d'itinéraire. L'hiver a semblé ne jamais vouloir arriver, mais désormais l'eau gelée du matin et la neige nous rappellent à la raison. En effet jusqu'alors le soleil nous faisait facilement oublier que nous sommes stationnés à plus de 1 400m d'altitude.
Depuis quelques jours, le temps semble se figer et laisse place au calme ambiant. Les enfants que nous avions l'habitude de saluer aux retours de mission se réfugient maintenant dans le peu de chaleur que peuvent leur apporter leurs habitations principalement composées de terre séchée. Malgré ce calme apparent, chacun a bien pris la mesure de la mission qui est maintenant la nôtre.
La responsabilisation des Afghans
En effet, le désengagement prochain des forces de l'Otan de Surobi et la transition à venir de la sécurité du district aux forces de sécurité afghanes impliquent la responsabilisation des Afghans dans le processus de sécurisation de leur pays.
Ainsi, les missions qui étaient autrefois conduites par les forces françaises s'affichent maintenant sous le signe de l'« ANA first » (*). Celles-ci se traduisent très concrètement par l'implication des forces de sécurité afghanes qui prennent en charge la conduite des missions menées dans le district de Surobi.
Outre les nécessaires missions de convoyage sur les emprises françaises, notre action se traduit alors par la mise en place d'éléments de force de réaction rapide ou à des appuis mis en place sur les hauts au profit de l'action principale, menée par l'ANA.
Le quotidien est rythmé par les missions, le service de garde et les quelques travaux de sécurité au profit de la FOB. Le réveillon de Noël fut l'occasion de la visite du chef d'Etat-major des armées, l'amiral Guillaud et lors du réveillon de nouvelle année, le ministre de la Défense et des anciens combattants, Gérard Longuet, nous a honorés de sa présence. C'est dans l'excellent état d'esprit général de la section que chacun vit, loin de sa famille et de ses amis, ces instants particuliers qui nous rappellent à quel point notre engagement est synonyme de sacrifices, ces instants qui contribuent à créer ces liens de camaraderie et de cohésion essentiels à la vie d'une section. »
Capitaine Dorian, chef de section
(*)Armée nationale afghane
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/journal-de-deux-sections-en-afghanistan
Les vœux du lieutenant François-Xavier, chef de section
« Deux mois se sont presque écoulés depuis notre arrivée sur le territoire afghan. La 1re section de la 1re compagnie de combat du Génie a pris ses quartiers dans la Fob (*) Surobi et a tout de suite été engagée sur une mission génie pure : le recueil de renseignements terrain. Une mise en jambe nécessaire pour beaucoup d'entre nous car nous ne connaissions pas tous ce pays.
Malgré un vent parfois glacial, le soleil est présent depuis notre arrivée. La pluie bretonne ne peut pas être comparée ici. […]
Que dire de nos journées ? Elles sont bien remplies. De l'entraînement (pour toujours rester prêts), de l'instruction (pour accroître nos connaissances) et des missions bien entendu.
Nos sens sont plus qu'en alerte
Les différentes vallées que nous devons sillonner commencent à ne plus avoir de secrets pour nos sapeurs. Les moindres recoins (le tas de pierres qui a changé de place, la terre qui a été mélangée, l'angle du compound, la route qui change d'aspect) de nos zones d'évolution sont connus. Une simple modification dans le paysage et nos sens sont plus qu'en alerte : ils sont multipliés.
Ainsi nous avons pu parcourir les vallées de Gwan, Tizin, Jegdalak et Uzbeen. Cette dernière est une vallée toute en altitude et, pour y parvenir, il faut emprunter une route en sommet de crêtes. La 1re section a été engagée sur toutes ces vallées au nord- est de Kaboul en Afghanistan dans les deux mois qui ont suivi son arrivée au Pays de l'Insolence. Régions dont la sécurité va être transférée aux forces de sécurité afghanes, à commencer par le district de Surobi. Gageons que notre section continue sa mission avec toujours la même détermination et le même professionnalisme.
Des paysages majestueux, une mission aussi passionnante qu'exigeante et une camaraderie à toute épreuve sont les ingrédients de notre séjour et notre motivation pour remplir notre devoir.
Toute la section se joint à moi pour vous souhaiter tous nos vœux de bonne et heureuse année 2012 ! »
(*) Base opérationnelle avancée
2e section ou la chronique d'une fin d'année 2011
« Voilà déjà un mois que la section a pris pied en Surobi et vit au rythme des missions d'ouverture d'itinéraire. L'hiver a semblé ne jamais vouloir arriver, mais désormais l'eau gelée du matin et la neige nous rappellent à la raison. En effet jusqu'alors le soleil nous faisait facilement oublier que nous sommes stationnés à plus de 1 400m d'altitude.
Depuis quelques jours, le temps semble se figer et laisse place au calme ambiant. Les enfants que nous avions l'habitude de saluer aux retours de mission se réfugient maintenant dans le peu de chaleur que peuvent leur apporter leurs habitations principalement composées de terre séchée. Malgré ce calme apparent, chacun a bien pris la mesure de la mission qui est maintenant la nôtre.
La responsabilisation des Afghans
En effet, le désengagement prochain des forces de l'Otan de Surobi et la transition à venir de la sécurité du district aux forces de sécurité afghanes impliquent la responsabilisation des Afghans dans le processus de sécurisation de leur pays.
Ainsi, les missions qui étaient autrefois conduites par les forces françaises s'affichent maintenant sous le signe de l'« ANA first » (*). Celles-ci se traduisent très concrètement par l'implication des forces de sécurité afghanes qui prennent en charge la conduite des missions menées dans le district de Surobi.
Outre les nécessaires missions de convoyage sur les emprises françaises, notre action se traduit alors par la mise en place d'éléments de force de réaction rapide ou à des appuis mis en place sur les hauts au profit de l'action principale, menée par l'ANA.
Le quotidien est rythmé par les missions, le service de garde et les quelques travaux de sécurité au profit de la FOB. Le réveillon de Noël fut l'occasion de la visite du chef d'Etat-major des armées, l'amiral Guillaud et lors du réveillon de nouvelle année, le ministre de la Défense et des anciens combattants, Gérard Longuet, nous a honorés de sa présence. C'est dans l'excellent état d'esprit général de la section que chacun vit, loin de sa famille et de ses amis, ces instants particuliers qui nous rappellent à quel point notre engagement est synonyme de sacrifices, ces instants qui contribuent à créer ces liens de camaraderie et de cohésion essentiels à la vie d'une section. »
Capitaine Dorian, chef de section
(*)Armée nationale afghane
http://www.lunion.presse.fr/article/ardennes/journal-de-deux-sections-en-afghanistan
mercredi 2 novembre 2011
14-18, le bruit et la fureur
Dans 9 jours, le 11 novembre.....souvenons nous....
Tout est loin d'avoir été dit sur la "der des ders". A travers le récit d'un soldat qui a traversé toute la guerre et qui parle aussi au nom de ses camarades, à partir d'images d'archives, restaurées, colorisées et sonorisées, à rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau. La Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. Des sociétés entières pensant s'engager dans un combat
14-18, le bruit et la fureur par mySkreen
Tout est loin d'avoir été dit sur la "der des ders". A travers le récit d'un soldat qui a traversé toute la guerre et qui parle aussi au nom de ses camarades, à partir d'images d'archives, restaurées, colorisées et sonorisées, à rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau. La Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. Des sociétés entières pensant s'engager dans un combat
14-18, le bruit et la fureur par mySkreen
vendredi 28 octobre 2011
Dix ans sans service... et sans regrets ?
Il y a dix ans, les derniers appelés du contingent étaient libérés. Parce qu'ils n'ont pas connu le service militaire, les jeunes ont-ils à le regretter ? Notre société y a-t-elle perdu ? Ou pas ?
« Mon service ? Je me suis juré de n'en garder aucun bon souvenir ! J'y ai appris l'ennui. Mon père, en revanche, l'a apprécié. » Question de génération peut-être, de milieu, de culture... les souvenirs de bidasses divergent.
Entre ceux qui voyaient dans le service le sens du devoir, des valeurs, et ceux qui n'en n'ont retenu que la corvée des sanitaires, chacun l'a apprécié différemment. Et du coup, s'est félicité de son terme ou, au contraire, regrette toujours le temps des chambrées.
Si le service divise tant, c'est surtout qu'en un siècle, il a considérablement évolué. La « fabrique du citoyen », comme le qualifie le sociologue Éric Letonturier, qui brassait des hommes venus de tous horizons, véhiculait des valeurs liées au devoir envers la nation, cette fabrique s'est peu à peu vidée de son sens : parce que les guerres modernes nécessitent des gens formés, de métier et plus des bleusailles. Parce que le brassage social ne tenait plus que du mythe. L'officier « éducateur », des origines, n'a plus lieu d'être dans une société où la scolarisation est devenue massive.
L'armée a su « rebondir », dit le sociologue. Gardant un rôle social : c'est elle qu'on appelle à l'aide lors de catastrophes. Et puis, elle séduit : chaque année, 14 000 jeunes s'engagent dans l'armée de terre. La preuve d'un engagement pour la nation bien vivant ?
http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2011/10/28/article_dix-ans-sans-service-et-sans-regrets.shtml
Entre ceux qui voyaient dans le service le sens du devoir, des valeurs, et ceux qui n'en n'ont retenu que la corvée des sanitaires, chacun l'a apprécié différemment. Et du coup, s'est félicité de son terme ou, au contraire, regrette toujours le temps des chambrées.
Si le service divise tant, c'est surtout qu'en un siècle, il a considérablement évolué. La « fabrique du citoyen », comme le qualifie le sociologue Éric Letonturier, qui brassait des hommes venus de tous horizons, véhiculait des valeurs liées au devoir envers la nation, cette fabrique s'est peu à peu vidée de son sens : parce que les guerres modernes nécessitent des gens formés, de métier et plus des bleusailles. Parce que le brassage social ne tenait plus que du mythe. L'officier « éducateur », des origines, n'a plus lieu d'être dans une société où la scolarisation est devenue massive.
L'armée a su « rebondir », dit le sociologue. Gardant un rôle social : c'est elle qu'on appelle à l'aide lors de catastrophes. Et puis, elle séduit : chaque année, 14 000 jeunes s'engagent dans l'armée de terre. La preuve d'un engagement pour la nation bien vivant ?
http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2011/10/28/article_dix-ans-sans-service-et-sans-regrets.shtml
mercredi 3 août 2011
mardi 14 juin 2011
Très sollicitée, l’armée est-elle encore taillable et corvéable à merci ?
Voilà un vieux réflexe national que celui qui consiste à en appeler régulièrement à l’intervention de l’armée dès qu’il est question de désordres ou de problèmes de logistique. En réclamant, voici quelques jours, la présence de «Casques bleus» sur sa commune, Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, en Seine-Saint-Denis, n’a pas failli à la tradition. Pas plus que le nouveau président de la FNSEA exigeant que cette même armée mette ses moyens à la disposition d’une agriculture frappée par la sécheresse afin d’assurer le transport du...foin.
En fait de telles demandes n’ont rien d’illégitimes, surtout lorsqu’il s’agit de réagir face à une catastrophe naturelle et une sécheresse peut effectivement en devenir une. «La défense contribue à la gestion des crises et des catastrophes naturelles sur le territoire nationale. La participation des armées est prévue dans les plans gouvernementaux «grand froid», «pandémie grippale» ou dans la lutte contre les pollutions maritimes ou les feux de forêts», nous a précisé, vendredi, un officier du service de la communication du ministère de la Défense. On se rappelle, à ce propos, que l’armée avait prêté main forte, lors de l’hiver 2010, aux services de l’Etat et aux collectivités territoriales après le passage de la tempête Xynthia. D’ailleurs, elle n’échappera pas non plus aux conséquences de la sécheresse puisque, pas plus tard que jeudi, le président Sarkozy a annoncé que «des installations de la Défense nationale seront mises à disposition pour permettre le stockage des pailles et des fourrages».
En ce qui concerne le maintien de l’ordre - le problème posé par le maire de Sevran - les choses sont toutefois différentes. Dans ce cas précis, l’armée ne peut intervenir que dans un cadre légal très précis et seulement en cas de «crise majeure», ces dispositions ne s’appliquant pas bien sûr à la gendarmerie dont la mission quotidienne est d’assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur des frontières. Ni à certaines missions déjà assurées par les forces armées, comme la lutte en mer contre la pêche illégale, le narcotrafic ou l’immigration illégale. Ou, encore, la lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane française.
Si la situation exigeait toutefois le recours à des moyens militaires spécifiques, définis dans le livre blanc de la défense, publié en 2008, il est à noter qu’un contingent de 10 000 hommes a été prévu pour venir renforcer les moyens civils de l’Etat..
Mais après la professionnalisation de nos armées et alors que celles-ci sont engagées sur de nombreuses opérations extérieures (voir infographie), il est évident que la gestion des forces doit se faire avec autant de prudence que de mesure. Pour répondre, dans l’avenir, aux missions intérieures que l’Etat peut lui demander d’assurer l’armée de terre travaille ainsi à mettre sur pied une force constituée de 800 réservistes pouvant être engagés en 48 heures sur le territoire nationale.
Reste à savoir toutefois, et alors même que nos armées sont justement en manque de réservistes, si la perspective de transporter du foin ou de nettoyer des plages polluées est susceptible d’éveiller des vocations.
http://www.leprogres.fr/france-monde/2011/06/14/tres-sollicitee-l-armee-est-elle-encore-taillable-et-corveable-a-merci
En fait de telles demandes n’ont rien d’illégitimes, surtout lorsqu’il s’agit de réagir face à une catastrophe naturelle et une sécheresse peut effectivement en devenir une. «La défense contribue à la gestion des crises et des catastrophes naturelles sur le territoire nationale. La participation des armées est prévue dans les plans gouvernementaux «grand froid», «pandémie grippale» ou dans la lutte contre les pollutions maritimes ou les feux de forêts», nous a précisé, vendredi, un officier du service de la communication du ministère de la Défense. On se rappelle, à ce propos, que l’armée avait prêté main forte, lors de l’hiver 2010, aux services de l’Etat et aux collectivités territoriales après le passage de la tempête Xynthia. D’ailleurs, elle n’échappera pas non plus aux conséquences de la sécheresse puisque, pas plus tard que jeudi, le président Sarkozy a annoncé que «des installations de la Défense nationale seront mises à disposition pour permettre le stockage des pailles et des fourrages».
En ce qui concerne le maintien de l’ordre - le problème posé par le maire de Sevran - les choses sont toutefois différentes. Dans ce cas précis, l’armée ne peut intervenir que dans un cadre légal très précis et seulement en cas de «crise majeure», ces dispositions ne s’appliquant pas bien sûr à la gendarmerie dont la mission quotidienne est d’assurer le maintien de l’ordre à l’intérieur des frontières. Ni à certaines missions déjà assurées par les forces armées, comme la lutte en mer contre la pêche illégale, le narcotrafic ou l’immigration illégale. Ou, encore, la lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane française.
Si la situation exigeait toutefois le recours à des moyens militaires spécifiques, définis dans le livre blanc de la défense, publié en 2008, il est à noter qu’un contingent de 10 000 hommes a été prévu pour venir renforcer les moyens civils de l’Etat..
Mais après la professionnalisation de nos armées et alors que celles-ci sont engagées sur de nombreuses opérations extérieures (voir infographie), il est évident que la gestion des forces doit se faire avec autant de prudence que de mesure. Pour répondre, dans l’avenir, aux missions intérieures que l’Etat peut lui demander d’assurer l’armée de terre travaille ainsi à mettre sur pied une force constituée de 800 réservistes pouvant être engagés en 48 heures sur le territoire nationale.
Reste à savoir toutefois, et alors même que nos armées sont justement en manque de réservistes, si la perspective de transporter du foin ou de nettoyer des plages polluées est susceptible d’éveiller des vocations.
http://www.leprogres.fr/france-monde/2011/06/14/tres-sollicitee-l-armee-est-elle-encore-taillable-et-corveable-a-merci
jeudi 31 mars 2011
Exclusif : TF1 a retrouvé le GI's blessé par une mine en Afghanistan
Interview exclusive TF1 News - Lors d'un reportage au coté des troupes américaines en Afghanistan, Michel Scott et Gilles Parrot, envoyés spéciaux de TF1, assistaient à l'accident du sergent Allen, victime d'une mine. Depuis, ils ont pu revoir cet homme. Ils racontent comment se sont passées ces retrouvailles.
samedi 26 mars 2011
Feu sur la Libye de Kadhafi !
Deux reporters du Figaro Magazine étaient à bord du porte-avions «Charles-de-Gaulle» lorsqu'il a appareillé dimanche de Toulon en direction des côtes libyennes. Mardi, il a mené sa première mission. Le dernier «départ sur alerte» d'un groupe aéronaval français remontait à janvier 1999, pour le Kosovo .
8 heures. Dans la salle d'alerte n° 3, vêtus de combinaisons kaki, les pilotes de la flottille 12F viennent de terminer leur briefing. La mission de ce matin vise à faire respecter la zone d'exclusion aérienne exigée par la résolution 1973 des Nations unies et à effectuer un vol de reconnaissance. Ceux qui partiront sont armés: la pochette qu'ils portent comme un holster contient un pistolet et des chargeurs, un GPS, une balise géolocalisable, une radio. Sous le siège de leur avion, il y a aussi une couverture de survie, de l'eau et des cartes de la Libye. Au cas où ils devraient s'éjecter.
Des mesures indispensables: cette nuit, un avion américain F15 s'est crashé. Les deux pilotes ont été récupérés sains et saufs. «La plupart des pilotes sont intervenus en Afghanistan, mais c'est leur premier contact sol-air (vol au-dessus d'un territoire ennemi disposant d'armes sol-air, ndlr), explique le capitaine de vaisseau * qui commande le groupe aérien embarqué. L'appréhension est forte sur ce type de terrain, ils devront mesurer leur stress.» Ces hommes sont hyperentraînés. Ils ont travaillé à la mécanisation des réflexes à avoir en cas de départ d'un missile, par exemple. Ils ont aussi enregistré les informations inhérentes à leur mission de ce matin: la configuration de leur avion, le briefing «renseignement», l'objectif, les risques, les moyens à disposition, le positionnement des avions de la coalition, les conditions météo, et des variantes: que faire si le radar ne fonctionne pas? S'ils perdent un équipier? Surtout, ils ont mémorisé les codes, mots et chiffres qui permettront de les identifier s'ils devaient s'éjecter, ou de savoir s'ils n'ont pas un pistolet braqué sur la tempe, s'ils n'ont pas été pris.
A 9h20, tous les avions sont prêts. La formation compte un Hawkeye, impressionnant engin à hélices portant sur son dos un radar susceptible de détecter toute intrusion aérienne dans un rayon de 500 kilomètres; les Rafale 20 et 21, armés et lestés d'une nacelle de reconnaissance photo accrochée sous leur ventre; un Super-Etendard modernisé et le Rafale 12. Ceux-là sont des «nounous», des ravitailleurs.
C'est le Hawkeye qui est catapulté en premier, propulsé grâce à un savant système de pistons - la particularité de l'aviation marine et de ses pilotes. Les deux pistes du Charles-de-Gaulle ne mesurent que 75 mètres, au bout desquels les avions auront atteint les 250 km/h nécessaires à leur décollage. Dans un bruit spectaculaire suivent les deux chasseurs armés. Puis on catapulte les «nounous».
Comme à chaque décollage, l'unité de recherche et sauvetage au combat (Resco) se tient prête à intervenir. Seule unité de l'armée de l'air présente à bord, elle est composée des hommes de l'escadron hélicoptère 1/67 «Pyrénées» et de commandos parachutistes de l'air issus du CPA 30. Formés au combat au sol, lourdement armés, ce sont eux qui récupéreraient les pilotes éjectés en zone hostile.
Malgré un délai de préparation de 72 heures seulement, le Charles-de-Gaulle fonctionne à pleine capacité. Mis en alerte vendredi dernier, il a quitté le port de Toulon dimanche à 13 heures. Le soir même, les 8 Rafale, 6 Super-Etendard modernisés, 2 Hawkeye et 5 hélicoptères composant le groupe aérien embarqué étaient à bord. «Le dernier départ sur alerte d'un groupe aéronaval a eu lieu en 1999 vers le Kosovo, se souvient le contre-amiral Philippe Coindreau. C'est une situation exceptionnelle.» Outre le Charles-de-Gaulle, le groupe aéronaval placé sous ses ordres compte un pétrolier ravitailleur et quatre frégates: le Forbin et le Jean Bart pour la défense aérienne, le Dupleix pour la défense sous-marine, la frégate furtive Aconit. Un sous-marin nucléaire d'attaque s'est, lui, positionné au large de la Libye. «Notre rôle est de faire respecter la zone d'exclusion aérienne et, dans un deuxième temps, l'embargo sur les armes, reprend le contre-amiral Coindreau. Il faudra être vigilants. Aujourd'hui, les forces libyennes sont partagées en deux. Il y a celles de Kadhafi et celles de l'opposition, et elles sont du même type. Il existe un risque de confusion pour nous. De plus, lors d'une opération comme celle-ci, où tout n'est pas parfaitement coordonné, il existe des risques de méprise. Et nous ne pouvons pas nous permettre de frapper un avion allié. Nous devrons être très exigeants en matière de renseignement.» Afin de satisfaire à cette exigence, ses interlocuteurs sont multiples : l'état-major français; les alliés, dont l'action est coordonnée par l'amiral américain Samuel Locklear; l'Otan, dont certains moyens sont déjà déployés sur zone.
Approchant les côtes libyennes, le Charles-de-Gaulle est désormais en position d'arrimage de combat : les vitres et miroirs ont été tapissés de Scotch afin d'éviter qu'ils n'explosent, les tableaux et éléments décoratifs susceptibles de se transformer en projectiles ont été rangés. Les exercices d'alerte se multiplient. «Un Sukhoï est en approche», entend-on dans les haut-parleurs. Les Sukhoï, chasseurs de l'armée libyenne. Quelques minutes plus tard, le bruit d'un impact de missile retentit dans les haut-parleurs, suivi de cris. Depuis le début de l'alerte, les 1950 personnes naviguant à bord se sont équipées de cagoules, de masques, de gants ignifugés. Les lourdes portes d'acier sont fermées, on a compartimenté le bâtiment afin de circonscrire un éventuel incendie.
Qu'en est-il du risque réel? «Notre première préoccupation est le sort de nos pilotes lorsqu'ils survolent la Libye, explique le capitaine de vaisseau, commandant du Charles-de-Gaulle. D'empêcher aussi que le porte-avions ne soit touché. L'occurrence est faible, eu égard à la supériorité des moyens navals de la coalition, mais Kadhafi possède des frégates portant des missiles et des batteries côtières anti- navires positionnées sur des camions.»
A bord, le principal instrument de prévention du risque est le Central Opérations: le cœur tactique du bateau. On y centralise toutes les informations relatives à l'environnement de surface, aérien et sous-marin.
Passé la porte, on est plongé dans l'obscurité, trouée seulement par la lumière des radars sur lesquels sont positionnés tous les appareils croisant ou volant dans un rayon pouvant atteindre 700 kilomètres et une altitude de 180 kilomètres. Une quinzaine de personnes travaillent ici 24 heures sur 24 afin d'établir la situation tactique autour de la force. Les données fournies par les Hawkeye, les Rafale et les Super-Etendard de la Marine, celles fournies par l'armée de l'air et les alliés également, sont confrontées. Les points bleus sont «amis», ce sont des bâtiments de la coalition. Les points verts sont «neutres», majoritairement civils. Tous sont «renseignés», leurs nom, tonnage, nationalité sont enregistrés. Les points rouges sont «suspects» ou «hostiles».
L'un d'eux vient d'apparaître sur l'écran. Un bateau inconnu. Selon les hommes du « module de commandement », il se trouve à proximité des frégates françaises déjà positionnées près de la Libye. Faut-il envoyer l'une d'elles pour contrôler? Un simple bateau de pêche peut contenir des armes. Ou renseigner le colonel Kadhafi sur les positionnements alliés. On ne nous fournit pas le détail de l'identification, mais quelques minutes plus tard, le point rouge devient vert. Tout s'est passé dans le calme. Sans agitation. A quelques pas, le personnel du module «guerre électronique» ne s'est aperçu de rien. Doté de deux postes, il peut intercepter et brouiller une radio ou un radar. Celui d'un missile par exemple, juste le temps de mettre des leurres en place. Retrouvant la vue, le missile ennemi frapperait alors le leurre. Cela s'appelle le soft kill. Le hard kill, lui, consiste à détruire l'arme. Des décisions prises par le commandant du bateau, qui décide aussi de l'utilisation du module « armes », pilotant les systèmes d'autodéfense du porte-avions. Des systèmes conçus pour gérer dix menaces simultanées provenant de dix lieux différents et armés de missiles de tout type. Impressionnante concentration de technologies que ce porte-avions : ville flottante de près de 2000 habitants, aérodrome ambulant de 40.000 tonnes, le tout propulsé par deux chaufferies nucléaires.
Sur les nombreux postes de télévision présents à bord, cependant, on regarde ceux qui critiquent les frappes alliées sur la Libye. Dans la salle de repos des officiers subalternes, un groupe suit les informations. Après s'être indignés du manque de réactivité des alliés, de leurs tergiversations onusiennes, les insurgés de Benghazi craignent désormais d'être dépossédés de leur révolution. La Ligue arabe, la Chine, la Russie émettent des réserves. «La coalition se fissure», titre-t-on dans les journaux. Aucun commentaire. Les gars de la Grande Muette se taisent. «Que pensez-vous des critiques formulées contre les opérations menées en Libye?» demandons-nous au contre-amiral Coindreau. «Je ne peux vous répondre à mon niveau. C'est essentiellement le fait politique qui est critiqué. Pas le fait militaire.» Quelques secondes de silence, puis: «Notre objectif est d'être non critiquables dans l'exécution de notre mission militaire.»
* Afin de préserver la sécurité de leurs familles, les noms des personnels embarqués du groupe aéronaval ne seront pas cités.
http://www.lefigaro.fr/international/2011/03/26/01003-20110326ARTFIG00007-feu-sur-la-libye-de-kadhafi.php
dimanche 20 février 2011
Afghanistan : les oubliés de la guerre
Sans pouvoir s’arrêter, il tousse, il tousse, et tout son corps se soulève mécaniquement. « Kevin, voulez-vous un verre d’eau ? » Kevin respire, sourit. Oui, il veut bien. A l’aide d’une paille, il en aspire trois, coup sur coup. « C’est à cause de la cigarette », murmure-t-il. Sauf que, depuis le 2 juillet dernier, il n’a plus fumé. Il n’a pas non plus marché, ni bougé. Juste sa tête qu’il appuie sur un bouton pour appeler les infirmières. Il a la trace d’un trou dans la gorge, souvenir d’une trachéotomie, le crâne abîmé et marqué de cicatrices. Dans l’espoir de masquer ma gêne, ma voix se fait plus forte : « Kevin, quelles sont les séquelles de votre blessure ? » En articulant, il répond, comme si tout cela n’était rien : « Ma voix a changé, j’ai un déséquilibre de la mobilité, je n’arrive plus à bouger, je vois mal d’un œil. Et c’est tout ! »
La balle a franchi les distances à 800 mètres par seconde avant de se loger dans son casque, faisant exploser sa voûte crânienne. Elle a sectionné la veine qui irrigue les vaisseaux, entraînant une paralysie des quatre membres. Les lésions cérébrales lui occasionnent pertes de mémoire et troubles cognitifs. Kevin éprouve des difficultés à contrôler ses émotions et passe facilement du rire aux larmes. Il prend des médicaments pour lutter contre les raideurs, éviter les infections urinaires et pulmonaires ou les crises d’épilepsie causées par des morceaux de crâne qui se baladent encore dans son cerveau. Sans oublier les médicaments « pour sourire »…
Kevin a fêté ses 21 ans le 16 octobre, dans sa chambre du service de rééducation de l’hôpital militaire Percy. Il l’occupe encore. Un trait de barbe dessine le contour de son visage. « A l’hôpital, il faut être beau », confie-t-il, malicieux. Les yeux rivés sur les photos accrochées au mur, il rit à l’évocation de sa vie d’avant. Installés sur un fauteuil, trois lions en peluche, dont l’un porte une grande croix en bois, le regardent. « Je suis un lion », affirme Kevin. Ce surnom lui va bien. Il date de l’époque de sa belle tignasse, quand on lui prédisait un radieux avenir de footballeur professionnel. « J’avais ce rêve, dit-il. Mais je me suis mis à traîner. Mon oncle avait fait la Légion. A 18 ans, je me suis engagé. Je ne le regrette pas. »
Au souvenir du corps de son fils inerte sur son lit d’hôpital, les mots de sa maman s’entrechoquent, ses yeux brillants se voilent. Mais par moments, pointe la joie des pronostics déjoués. « Vers minuit, on m’a prévenue que c’était sérieux, que c’était une question d’heures. A 2 heures, je me suis dit : “Tiens, il est 2 heures.” A 6 heures, j’ai pensé : “Eh bien, on dirait qu’on a passé la nuit.” Puis j’ai compté les jours. Je fuyais les médecins. “Laissez-le partir. A vie, il sera un légume”, annonçaient-ils. Kevin n’avait qu’un pic à son électroencéphalogramme. » Sa mère a refusé qu’il soit débranché. Dix-sept jours et dix-sept nuits à le veiller, à organiser des tours pour que jamais il ne soit seul. Jusqu’à ce matin, ce « miraculeux matin » où il a ouvert les yeux. Puis cet autre, où il a mimé la parole. « Dieu est tout-puissant », assure cette maman...
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Afghanistan-les-oublies-de-la-guerre-252597
La balle a franchi les distances à 800 mètres par seconde avant de se loger dans son casque, faisant exploser sa voûte crânienne. Elle a sectionné la veine qui irrigue les vaisseaux, entraînant une paralysie des quatre membres. Les lésions cérébrales lui occasionnent pertes de mémoire et troubles cognitifs. Kevin éprouve des difficultés à contrôler ses émotions et passe facilement du rire aux larmes. Il prend des médicaments pour lutter contre les raideurs, éviter les infections urinaires et pulmonaires ou les crises d’épilepsie causées par des morceaux de crâne qui se baladent encore dans son cerveau. Sans oublier les médicaments « pour sourire »…
Kevin a fêté ses 21 ans le 16 octobre, dans sa chambre du service de rééducation de l’hôpital militaire Percy. Il l’occupe encore. Un trait de barbe dessine le contour de son visage. « A l’hôpital, il faut être beau », confie-t-il, malicieux. Les yeux rivés sur les photos accrochées au mur, il rit à l’évocation de sa vie d’avant. Installés sur un fauteuil, trois lions en peluche, dont l’un porte une grande croix en bois, le regardent. « Je suis un lion », affirme Kevin. Ce surnom lui va bien. Il date de l’époque de sa belle tignasse, quand on lui prédisait un radieux avenir de footballeur professionnel. « J’avais ce rêve, dit-il. Mais je me suis mis à traîner. Mon oncle avait fait la Légion. A 18 ans, je me suis engagé. Je ne le regrette pas. »
Au souvenir du corps de son fils inerte sur son lit d’hôpital, les mots de sa maman s’entrechoquent, ses yeux brillants se voilent. Mais par moments, pointe la joie des pronostics déjoués. « Vers minuit, on m’a prévenue que c’était sérieux, que c’était une question d’heures. A 2 heures, je me suis dit : “Tiens, il est 2 heures.” A 6 heures, j’ai pensé : “Eh bien, on dirait qu’on a passé la nuit.” Puis j’ai compté les jours. Je fuyais les médecins. “Laissez-le partir. A vie, il sera un légume”, annonçaient-ils. Kevin n’avait qu’un pic à son électroencéphalogramme. » Sa mère a refusé qu’il soit débranché. Dix-sept jours et dix-sept nuits à le veiller, à organiser des tours pour que jamais il ne soit seul. Jusqu’à ce matin, ce « miraculeux matin » où il a ouvert les yeux. Puis cet autre, où il a mimé la parole. « Dieu est tout-puissant », assure cette maman...
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Afghanistan-les-oublies-de-la-guerre-252597
mardi 8 février 2011
Afghanistan : document exceptionnel sur la traque des talibans
Alors qu’il était suivi par une équipe de TF1, dans sa traque quotidienne contre les talibans dans la région de Kandahar, le sergent Allen s’est fait surprendre par un explosif au sol, à un mètre de la caméra. Les deux journalistes s'en sont sortis indemnes, le sergent restera, lui, mutilé à vie
mardi 14 septembre 2010
Mort d'un "soldat inconnu"
Elle s'appelait Hélène Nearne. Elle avait 89 ans. Elle est morte seule, dans un minuscule appartement de Torquay, une petite station balnéaire du sud de l'Angleterre. Elle n'avait aucun parent, aucun ami, et même ses voisins ne la connaissaient pas vraiment et n'avaient évidemment aucune idée de sa vie, de son passé, de son histoire. Elle allait être enterrée dans le carré des indigents du cimetière de Torquay, sans fleur ni couronne, ni même personne pour se recueillir sur sa tombe.
Et puis un employé municipal, venu inventorier les quelques objets que possédait la vieille dame, est tombé sur un tiroir renfermant des documents jaunis et deux ou trois médailles, qui se sont révélées être des décorations datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que quelques billets de banque en usage dans la France occupée.
On s'est alors aperçu que celle qui était morte dans un quasi-dénuement et l'anonymat le plus complet était une héroïne de la guerre secrète 1939-1945 contre l'occupant allemand. Sous le nom de code de "Rose", elle était un des rares agents du SOE, le Special Operation Executive, branche des services secrets britanniques, qui ait survécu aux missions menées aux côtés de la résistance française. Ayant habité, avec ses parents, avant la guerre, pendant quinze ans en France, elle avait été repérée dans les rangs des auxiliaires de l'armée de l'air, pour laquelle elle s'était portée volontaire, parce qu'elle parlait le français sans aucun accent.
Mademoiselle du Tort
Versée dans le SOE, elle était devenue opératrice radio et, à ce titre, avait été parachutée plusieurs fois en France occupée, où elle s'était fondue dans la population sous le nom d'emprunt de mademoiselle du Tort. Arrêtée une première fois par la Gestapo, près de Lagny, elle réussit à convaincre ceux qui l'interrogeaient qu'elle était une innocente Française, sans aucune activité clandestine. Miraculeusement libérée, elle reprend sa mission, mais, quatre mois plus tard, se fait prendre dans une rafle. Cette fois, elle est torturée et on l'envoie au camp de Ravensbrück, puis, en raison de l'avance alliée, on la transfère dans un camp de Silésie, dont elle réussit à s'échapper avec deux compagnes françaises. Reprises par des SS, les trois femmes leur faussent compagnie et se réfugient chez un prêtre de Leipzig qui les cachera jusqu'à l'arrivée des troupes américaines.
Hélène Nearne, décorée de la MBE, l'ordre de l'Empire britannique (mais malheureusement pas de la croix de guerre française), ne sortira qu'une seule fois de l'anonymat dans lequel elle s'était volontairement cantonnée pour retourner à Ravensbrück, lors de l'inauguration d'un monument à la mémoire des victimes du camp. À Torquay, le 21 septembre, on va, cette fois, lui faire des obsèques officielles. Le représentant du MI5, services secrets britanniques, s'il prend la parole à l'occasion, pourrait citer cette phrase de Churchill sur les agents du SOE : "On leur avait demandé de mettre le feu à l'Europe. Ils ont suivi nos ordres. Mais seules les méthodes de ces héros et de ces héroïnes n'étaient pas celles de gentlemen."
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/michel-colomes/mort-d-un-soldat-inconnu-14-09-2010-1236276_55.php
Et puis un employé municipal, venu inventorier les quelques objets que possédait la vieille dame, est tombé sur un tiroir renfermant des documents jaunis et deux ou trois médailles, qui se sont révélées être des décorations datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que quelques billets de banque en usage dans la France occupée.
On s'est alors aperçu que celle qui était morte dans un quasi-dénuement et l'anonymat le plus complet était une héroïne de la guerre secrète 1939-1945 contre l'occupant allemand. Sous le nom de code de "Rose", elle était un des rares agents du SOE, le Special Operation Executive, branche des services secrets britanniques, qui ait survécu aux missions menées aux côtés de la résistance française. Ayant habité, avec ses parents, avant la guerre, pendant quinze ans en France, elle avait été repérée dans les rangs des auxiliaires de l'armée de l'air, pour laquelle elle s'était portée volontaire, parce qu'elle parlait le français sans aucun accent.
Mademoiselle du Tort
Versée dans le SOE, elle était devenue opératrice radio et, à ce titre, avait été parachutée plusieurs fois en France occupée, où elle s'était fondue dans la population sous le nom d'emprunt de mademoiselle du Tort. Arrêtée une première fois par la Gestapo, près de Lagny, elle réussit à convaincre ceux qui l'interrogeaient qu'elle était une innocente Française, sans aucune activité clandestine. Miraculeusement libérée, elle reprend sa mission, mais, quatre mois plus tard, se fait prendre dans une rafle. Cette fois, elle est torturée et on l'envoie au camp de Ravensbrück, puis, en raison de l'avance alliée, on la transfère dans un camp de Silésie, dont elle réussit à s'échapper avec deux compagnes françaises. Reprises par des SS, les trois femmes leur faussent compagnie et se réfugient chez un prêtre de Leipzig qui les cachera jusqu'à l'arrivée des troupes américaines.
Hélène Nearne, décorée de la MBE, l'ordre de l'Empire britannique (mais malheureusement pas de la croix de guerre française), ne sortira qu'une seule fois de l'anonymat dans lequel elle s'était volontairement cantonnée pour retourner à Ravensbrück, lors de l'inauguration d'un monument à la mémoire des victimes du camp. À Torquay, le 21 septembre, on va, cette fois, lui faire des obsèques officielles. Le représentant du MI5, services secrets britanniques, s'il prend la parole à l'occasion, pourrait citer cette phrase de Churchill sur les agents du SOE : "On leur avait demandé de mettre le feu à l'Europe. Ils ont suivi nos ordres. Mais seules les méthodes de ces héros et de ces héroïnes n'étaient pas celles de gentlemen."
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/michel-colomes/mort-d-un-soldat-inconnu-14-09-2010-1236276_55.php
dimanche 25 juillet 2010
Soldats d’Afghanistan, le sentiment d’être oubliés
Les troupes françaises sont engagées en Afghanistan depuis le début des années 2000. Une opération à risques, qui fait régulièrement des morts. Pourtant, ici, l’affaire fait peu de bruit
Vingt et un juillet 2009. Quatre véhicules blindés, dont un VAB sanitaire, roulent dans la poussière sur la route qui traverse la vallée de Tanguy. Une route unique. Une route dangereuse. Sébastien Sicard, médecin militaire du 126e régiment d’infanterie, 32 ans, occupe la place du passager, dans l’ambulance banalisée.
Debout dans la tourelle blindée, il scrute les versants de la vallée, essayant de détecter une possible présence ennemie. Il ne voit pas les talibans, cachés derrière les rochers, qui attendent le convoi. Il ne voit pas non plus l’IED (engin explosif artisanal), relié à un détonateur, qu’ils ont placé sur la route.
C’est le troisième véhicule qui est pris pour cible, le sien. L’explosion est terrible. Ses deux brancardiers sont touchés, dont l’un gravement. Le jeune médecin, lui, est éjecté de l’ambulance : des dizaines de blessures et de fractures ; un pronostic vital sur le fil ; dix jours de coma artificiel.
Sébastien est finalement transféré à l’hôpital militaire de Percy, en région parisienne, pour des soins intensifs. Pendant quatre mois, il ne quitte pas l’hôpital. Un an après « l’accident », Sébastien marche toujours avec des béquilles. Les médecins n’ont pas su lui dire s’il pourra retrouver une «vie normale» : conduire, faire du vélo, nager… Il faut attendre. Une seule certitude : le médecin militaire ne retournera jamais dans une zone de combat.
"C’est très rare qu’un médecin soit blessé en opération"
Quand il est sorti de l’hôpital, Sébastien a demandé si l’accident avait eu un retentissement en France. Rien. Pas une ligne. « Ma famille a été étonnée qu’aucun média ne relate les faits, se souvient ce père d’une fillette de 2 ans. C’est très rare qu’un médecin soit blessé en opération. Le dernier à l’avoir été, c’était il y a plus de dix ans…
Les médecins sont censés être moins exposés que les soldats. S’ils commencent à être touchés, c’est que la situation est grave et qu’il faudrait peut-être commencer à en parler. Ceux qui se battent là-bas ont parfois le sentiment d’être oubliés. »
Sébastien a conscience d’être un miraculé. Les risques du métier, pourtant, il connaissait. Il dit qu’il ne s’est pas engagé pour « distribuer des roses ». Ni pour en recevoir. L’armée lui a remis un certificat portant la mention : « blessé de guerre ». De guerre.
« On est censés aider à la reconstruction de l’État afghan, mais on subit pas mal d’attaques, poursuit le médecin. En théorie, nos objectifs sont clairs. En pratique, c’est plus compliqué. Nous devons former l’armée nationale afghane. Mais dans cette armée, il y a des déserteurs, passés du côté des talibans. D’autres, parce qu’ils sont menacés, divulguent des informations aux insurgés. D’autres enfin, parce qu’ils vivent dans un grand dénuement, viennent chercher dans l’armée une sécurité matérielle. On trouve une multitude de garrots au marché noir… La corruption est endémique. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. »
« On évite de penser au pourquoi. On se concentre sur ce qu’on doit faire là-bas »
Depuis que, à la demande des Américains, la France multiplie les missions « OMLT » (operational Mentoring and Liaison Team, soit équipe de liaison et de mentorat opérationnel) auprès de l’armée afghane, les attaques se sont faites plus nombreuses. En 2004, la France a perdu trois hommes en Afghanistan.
En 2005, deux. Trois encore en 2007. Mais en 2008, onze morts, dont la plupart dans l’embuscade de Surobi. Puis, onze morts encore en 2009 et déjà 9 tués, presque un par mois, depuis janvier dernier. Sans compter les blessés : plus de 220 depuis le début du conflit, selon la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (Cabat). « On évite de penser au pourquoi, lâche Sébastien. On se concentre sur ce qu’on doit faire là-bas. »
L’adjudant-chef Franck Chemin, 47 ans, membre du 2e régiment étranger du génie, essaye de ne pas se poser de questions non plus. Il dit qu’il est soldat. Et qu’un soldat n’est pas censé discuter du bien-fondé d’une opération, si l’État l’a décidée. Les questions, c’est son père qui les posait : « Mais Franck, bon sang ! Qu’est-ce qu’on va faire là-bas ? » Ce spécialiste des déminages a 17 « opex » (opérations extérieures) au compteur. Il est parti pour son troisième séjour en Afghanistan en novembre dernier. « J’étais content de partir, assure-t-il. Il vaut mieux partir en mission que de rester au régiment ! »
"Quand on part, on sait que l’un de nous peut être ramené dans une boîte"
Son accident a eu lieu le 6 janvier, deux mois après son arrivée au poste de Nigrab. Son équipe ratissait un périmètre à la recherche d’armes cachées. Quand elles sont trouvées, les munitions sont détruites. C’est l’une d’elles, un obus chinois, qui a « déflagré » quand Franck a voulu le poser à terre. « Si l’obus avait fonctionné normalement, je serais mort coupé en deux », poursuit ce spécialiste des munitions. D’une certaine manière, Franck a eu de la « chance ». Amputé de la main gauche, il doit notamment soigner une fracture ouverte à la jambe droite.
Il se réveille cinq jours plus tard à l’hôpital Percy. Tous les deux jours, il doit descendre au bloc. Une vingtaine d’opérations, au total. « Les premiers mois, on ramasse », dit simplement ce père de deux enfants. Quand il est entré à la légion étrangère – « Ne me demandez pas pourquoi, ça ne se fait pas ! » – à l’âge de 17 ans, ce n’était pas par vocation. Mais Franck a appris à aimer l’armée. Sa femme, elle, n’a pas pu. Elle se tient à l’écart de la vie du régiment. Quand elle a su que son mari était blessé, elle a eu peur qu’il soit touché au visage.
Aujourd’hui, elle se bat contre « le regard des autres ». Le regard curieux ou gêné, souvent inquisiteur, de ceux qui découvrent que Franck n’a qu’une main. « Certaines familles ont du mal à accepter l’engagement militaire, observe l’adjudant-chef. Nous, nous sommes conscients du danger. Quand on part, on sait que l’un de nous peut être ramené dans une boîte. C’est difficile. Mais c’est comme ça. »
« Mon métier de soldat se termine, constate-t-il. Mais je reste militaire »
Cette blessure, Franck sait qu’elle va changer sa vie. Indépendamment des dommages physiques irréversibles, il ne pourra plus exercer le métier qu’il aime : le terrain, l’« opex », le déminage. « Ce n’est pas le moment de s’écrouler, dit-il. Rien ne changera, maintenant. C’est moi qui dois changer. » Franck restera dans l’armée aussi longtemps que celle-ci lui fera « une place ». Il espère pouvoir se reconvertir dans l’instruction des plus jeunes. « Mon métier de soldat se termine, constate-t-il. Mais je reste militaire. »
De la même manière, le brigadier-chef Stéphane Rouffet, 33 ans, serait heureux de mettre son expérience au service des plus jeunes. Mais le terrain, pour lui aussi, c’est fini. « Mon métier est entre parenthèses. C’est ce qui me fait le plus mal. » Soldat au 35e RAP de Tarbes, Stéphane a été grièvement blessé le 27 septembre 2008 dans la vallée de Kapisa. Il était auxiliaire sanitaire : le secouriste de la section.
Ce jour-là, il accompagne le 8e RPIMA et le 17e RGP dans leur mission : rechercher les caches d’armes, prendre contact avec la population, « faire de la présence ». Les tirs, en provenance d’une maison en surplomb, ont surpris les soldats quand ils entraient dans le village. Coincés dans un «ouabi», une rivière asséchée, ils sont à découvert. Il faut se replier. Et riposter.
Stéphane est touché à la jambe par des éclats des roquettes. Il pose lui-même un garrot. Avant d’apporter les premiers secours à ses camarades blessés. Deux chars de la Légion étrangère viennent en appui. Les deux régiments s’extirpent enfin de la nasse. Bilan : sur 39 hommes, 18 blessés.
Le décalage entre la saga des Bleus et le silence médiatique autour du 44e mort français
Le brigadier est transporté à l’hôpital de Bagram, puis à celui de Kaboul. Avant d’être évacué au Val-de-Grâce, à Paris. Après le fauteuil roulant, les béquilles. L’embuscade a eu lieu il y a deux ans ; comme ses camarades, Stéphane ne sait pas s’il pourra récupérer sa jambe à 100 %. À son retour, il a été surpris par le peu d’intérêt suscité par cette « vraie guerre » menée par son pays dans cette région lointaine.
Son camarade Steeve Cocol, brigadier au 1er régiment d’artillerie, est tombé là-bas, le 18 juin dernier, victime d’un « tir insurgé ». En pleine Coupe du monde de football. Stéphane n’a pas supporté le décalage entre la saga des Bleus, suivie en direct par des millions de Français, et le silence médiatique autour de ce 44e mort français en Afghanistan : « Ce jour-là, des hommes n’avaient pas respecté le drapeau et on parlait d’eux 24 heures sur 24, tandis que d’autres, tombés au même moment pour ce drapeau, étaient superbement ignorés. Où sont ces valeurs dont nous parle sans cesse le président de la République ? »
Le bien-fondé de l’engagement de la France aux côtés des alliés en Afghanistan, un conflit qui s’enlise depuis près de dix ans, Stéphane ne veut pas en parler. « On vous donne une mission, vous devez la remplir, tranche-t-il. Si vous avez des états d’âme, ce n’est pas possible. Et puis par respect pour mes camarades tombés au combat, c’est une question que je refuse de me poser. Je ne veux pas qu’ils soient morts pour rien. »
Solenn DE ROYER
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2433368&rubId=4077
Vingt et un juillet 2009. Quatre véhicules blindés, dont un VAB sanitaire, roulent dans la poussière sur la route qui traverse la vallée de Tanguy. Une route unique. Une route dangereuse. Sébastien Sicard, médecin militaire du 126e régiment d’infanterie, 32 ans, occupe la place du passager, dans l’ambulance banalisée.
Debout dans la tourelle blindée, il scrute les versants de la vallée, essayant de détecter une possible présence ennemie. Il ne voit pas les talibans, cachés derrière les rochers, qui attendent le convoi. Il ne voit pas non plus l’IED (engin explosif artisanal), relié à un détonateur, qu’ils ont placé sur la route.
C’est le troisième véhicule qui est pris pour cible, le sien. L’explosion est terrible. Ses deux brancardiers sont touchés, dont l’un gravement. Le jeune médecin, lui, est éjecté de l’ambulance : des dizaines de blessures et de fractures ; un pronostic vital sur le fil ; dix jours de coma artificiel.
Sébastien est finalement transféré à l’hôpital militaire de Percy, en région parisienne, pour des soins intensifs. Pendant quatre mois, il ne quitte pas l’hôpital. Un an après « l’accident », Sébastien marche toujours avec des béquilles. Les médecins n’ont pas su lui dire s’il pourra retrouver une «vie normale» : conduire, faire du vélo, nager… Il faut attendre. Une seule certitude : le médecin militaire ne retournera jamais dans une zone de combat.
"C’est très rare qu’un médecin soit blessé en opération"
Quand il est sorti de l’hôpital, Sébastien a demandé si l’accident avait eu un retentissement en France. Rien. Pas une ligne. « Ma famille a été étonnée qu’aucun média ne relate les faits, se souvient ce père d’une fillette de 2 ans. C’est très rare qu’un médecin soit blessé en opération. Le dernier à l’avoir été, c’était il y a plus de dix ans…
Les médecins sont censés être moins exposés que les soldats. S’ils commencent à être touchés, c’est que la situation est grave et qu’il faudrait peut-être commencer à en parler. Ceux qui se battent là-bas ont parfois le sentiment d’être oubliés. »
Sébastien a conscience d’être un miraculé. Les risques du métier, pourtant, il connaissait. Il dit qu’il ne s’est pas engagé pour « distribuer des roses ». Ni pour en recevoir. L’armée lui a remis un certificat portant la mention : « blessé de guerre ». De guerre.
« On est censés aider à la reconstruction de l’État afghan, mais on subit pas mal d’attaques, poursuit le médecin. En théorie, nos objectifs sont clairs. En pratique, c’est plus compliqué. Nous devons former l’armée nationale afghane. Mais dans cette armée, il y a des déserteurs, passés du côté des talibans. D’autres, parce qu’ils sont menacés, divulguent des informations aux insurgés. D’autres enfin, parce qu’ils vivent dans un grand dénuement, viennent chercher dans l’armée une sécurité matérielle. On trouve une multitude de garrots au marché noir… La corruption est endémique. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. »
« On évite de penser au pourquoi. On se concentre sur ce qu’on doit faire là-bas »
Depuis que, à la demande des Américains, la France multiplie les missions « OMLT » (operational Mentoring and Liaison Team, soit équipe de liaison et de mentorat opérationnel) auprès de l’armée afghane, les attaques se sont faites plus nombreuses. En 2004, la France a perdu trois hommes en Afghanistan.
En 2005, deux. Trois encore en 2007. Mais en 2008, onze morts, dont la plupart dans l’embuscade de Surobi. Puis, onze morts encore en 2009 et déjà 9 tués, presque un par mois, depuis janvier dernier. Sans compter les blessés : plus de 220 depuis le début du conflit, selon la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (Cabat). « On évite de penser au pourquoi, lâche Sébastien. On se concentre sur ce qu’on doit faire là-bas. »
L’adjudant-chef Franck Chemin, 47 ans, membre du 2e régiment étranger du génie, essaye de ne pas se poser de questions non plus. Il dit qu’il est soldat. Et qu’un soldat n’est pas censé discuter du bien-fondé d’une opération, si l’État l’a décidée. Les questions, c’est son père qui les posait : « Mais Franck, bon sang ! Qu’est-ce qu’on va faire là-bas ? » Ce spécialiste des déminages a 17 « opex » (opérations extérieures) au compteur. Il est parti pour son troisième séjour en Afghanistan en novembre dernier. « J’étais content de partir, assure-t-il. Il vaut mieux partir en mission que de rester au régiment ! »
"Quand on part, on sait que l’un de nous peut être ramené dans une boîte"
Son accident a eu lieu le 6 janvier, deux mois après son arrivée au poste de Nigrab. Son équipe ratissait un périmètre à la recherche d’armes cachées. Quand elles sont trouvées, les munitions sont détruites. C’est l’une d’elles, un obus chinois, qui a « déflagré » quand Franck a voulu le poser à terre. « Si l’obus avait fonctionné normalement, je serais mort coupé en deux », poursuit ce spécialiste des munitions. D’une certaine manière, Franck a eu de la « chance ». Amputé de la main gauche, il doit notamment soigner une fracture ouverte à la jambe droite.
Il se réveille cinq jours plus tard à l’hôpital Percy. Tous les deux jours, il doit descendre au bloc. Une vingtaine d’opérations, au total. « Les premiers mois, on ramasse », dit simplement ce père de deux enfants. Quand il est entré à la légion étrangère – « Ne me demandez pas pourquoi, ça ne se fait pas ! » – à l’âge de 17 ans, ce n’était pas par vocation. Mais Franck a appris à aimer l’armée. Sa femme, elle, n’a pas pu. Elle se tient à l’écart de la vie du régiment. Quand elle a su que son mari était blessé, elle a eu peur qu’il soit touché au visage.
Aujourd’hui, elle se bat contre « le regard des autres ». Le regard curieux ou gêné, souvent inquisiteur, de ceux qui découvrent que Franck n’a qu’une main. « Certaines familles ont du mal à accepter l’engagement militaire, observe l’adjudant-chef. Nous, nous sommes conscients du danger. Quand on part, on sait que l’un de nous peut être ramené dans une boîte. C’est difficile. Mais c’est comme ça. »
« Mon métier de soldat se termine, constate-t-il. Mais je reste militaire »
Cette blessure, Franck sait qu’elle va changer sa vie. Indépendamment des dommages physiques irréversibles, il ne pourra plus exercer le métier qu’il aime : le terrain, l’« opex », le déminage. « Ce n’est pas le moment de s’écrouler, dit-il. Rien ne changera, maintenant. C’est moi qui dois changer. » Franck restera dans l’armée aussi longtemps que celle-ci lui fera « une place ». Il espère pouvoir se reconvertir dans l’instruction des plus jeunes. « Mon métier de soldat se termine, constate-t-il. Mais je reste militaire. »
De la même manière, le brigadier-chef Stéphane Rouffet, 33 ans, serait heureux de mettre son expérience au service des plus jeunes. Mais le terrain, pour lui aussi, c’est fini. « Mon métier est entre parenthèses. C’est ce qui me fait le plus mal. » Soldat au 35e RAP de Tarbes, Stéphane a été grièvement blessé le 27 septembre 2008 dans la vallée de Kapisa. Il était auxiliaire sanitaire : le secouriste de la section.
Ce jour-là, il accompagne le 8e RPIMA et le 17e RGP dans leur mission : rechercher les caches d’armes, prendre contact avec la population, « faire de la présence ». Les tirs, en provenance d’une maison en surplomb, ont surpris les soldats quand ils entraient dans le village. Coincés dans un «ouabi», une rivière asséchée, ils sont à découvert. Il faut se replier. Et riposter.
Stéphane est touché à la jambe par des éclats des roquettes. Il pose lui-même un garrot. Avant d’apporter les premiers secours à ses camarades blessés. Deux chars de la Légion étrangère viennent en appui. Les deux régiments s’extirpent enfin de la nasse. Bilan : sur 39 hommes, 18 blessés.
Le décalage entre la saga des Bleus et le silence médiatique autour du 44e mort français
Le brigadier est transporté à l’hôpital de Bagram, puis à celui de Kaboul. Avant d’être évacué au Val-de-Grâce, à Paris. Après le fauteuil roulant, les béquilles. L’embuscade a eu lieu il y a deux ans ; comme ses camarades, Stéphane ne sait pas s’il pourra récupérer sa jambe à 100 %. À son retour, il a été surpris par le peu d’intérêt suscité par cette « vraie guerre » menée par son pays dans cette région lointaine.
Son camarade Steeve Cocol, brigadier au 1er régiment d’artillerie, est tombé là-bas, le 18 juin dernier, victime d’un « tir insurgé ». En pleine Coupe du monde de football. Stéphane n’a pas supporté le décalage entre la saga des Bleus, suivie en direct par des millions de Français, et le silence médiatique autour de ce 44e mort français en Afghanistan : « Ce jour-là, des hommes n’avaient pas respecté le drapeau et on parlait d’eux 24 heures sur 24, tandis que d’autres, tombés au même moment pour ce drapeau, étaient superbement ignorés. Où sont ces valeurs dont nous parle sans cesse le président de la République ? »
Le bien-fondé de l’engagement de la France aux côtés des alliés en Afghanistan, un conflit qui s’enlise depuis près de dix ans, Stéphane ne veut pas en parler. « On vous donne une mission, vous devez la remplir, tranche-t-il. Si vous avez des états d’âme, ce n’est pas possible. Et puis par respect pour mes camarades tombés au combat, c’est une question que je refuse de me poser. Je ne veux pas qu’ils soient morts pour rien. »
Solenn DE ROYER
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2433368&rubId=4077
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