L'annonce
« En cas de malheur, je connaissais la procédure. Si le soldat est blessé en mission, l'armée prévient sa famille par téléphone. Mais s'il est mort, ils se déplacent directement. Le 23 août, j'étais en vacances dans la famille de la petite amie de mon fils. Alors quand j'ai reçu ce coup de fil de l'armée pour me demander où je me trouvais précisément, j'ai immédiatement compris que je ne reverrai jamais mon bébé. Je me suis précipitée sur Internet et j'ai vu les messages de condoléances... Ce fut le grand trou noir. Je me souviens juste d'avoir attendu, agrippée au portail, l'arrivée de cet officier, un homme froid comme la mort qu'il m'annonçait.
Les cérémonies
« Puis on m'a conduite à Fréjus pour rejoindre le 21e Rima, d'où étaient issus mon fils et le lieutenant Mezzasalma qui avait aussi été tué lors de l'opération de désengagement. Nous sommes repartis en avion militaire vers Le Bourget, puis à Roissy où les corps devaient arriver. Là, j'ai vu ces deux cercueils sortir de l'avion. Il y a eu les honneurs militaires sur le tarmac. Ensuite, nous sommes repartis sur Fréjus pour les honneurs nationaux en présence du président de la République, Nicolas Sarkozy. Pour mon fils, j'ai tenu bon. Ce fut très éprouvant.
« Ce sont tous des héros »
« Jean-Nicolas a été décoré de la Légion d'honneur. On me dit : "Votre fils est mort en héros." Mais à quoi bon ? Il faut qu'il revienne mort pour être reconnu. Tous ces jeunes soldats qui partent en Afghanistan méritent de la recevoir. Une fois, mon fils m'avait dit au téléphone que s'il prenait du galon pour cette mission, c'est qu'il ne serait plus là ! Le lendemain de la mort de Jean-Nicolas et de Lorenzo Mezzasalma, alors que les soldats étaient encore sous le choc, le groupe a quand même été envoyé en opération extérieure. Ces jeunes soldats ne sont pas considérés. Ils ne montent même pas en grade alors qu'ils ont connu le feu dans une mission aussi difficile. Ça me scandalise !
Un deuil impossible
« Aujourd'hui, il ne me reste plus rien. J'ai perdu mon fils unique, le moteur de ma vie... A 25 ans, il n'a pas eu le temps de fonder une famille. C'est le néant. Parfois j'oublie. J'entends le téléphone sonner et je crois que c'est lui. Chaque jour, je lui rends visite sur sa tombe, je lui parle. Cette semaine, un jeune homme était là, prostré. Quand il s'est tourné vers moi, il était en pleurs. C'était un camarade d'armes de Jean-Nicolas. Il avait profité d'une permission pour venir se recueillir sur sa tombe. Ça m'a bouleversée. Aujourd'hui, un autre de ses amis m'a téléphoné pour me demander s'il pouvait venir. Je sais que mon fils vit encore dans le cœur de ses camarades. Ces marques d'amitié sont pour moi des cadeaux précieux. »
La France en Afghanistan
11 septembre 2011. Attentats d'al-Qaida contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington.
15 Novembre 2001. Déploiement à Mazar-e-Sharif du 21e Rima.
Eté 2003. Sommet du G7 à Evian, Jacques Chirac décide d'envoyer des forces spéciales en Afghanistan.
18 août 2008. Dix soldats français sont tués dans une embuscade tendue dans la vallée d'Uzbin. 21 autres sont blessés.
La France compte actuellement près de 3.800 soldats en Afghanistan.
Depuis le début des opérations en 2001, 53 militaires français sont morts dans le pays, dont 16 pour la seule année 2010, la plus meurtrière pour la France.
Cela représente 2,4 % des pertes de la coalition (2.279 morts).
Le taux de perte, qui représente le nombre de soldats tués par rapport aux troupes déployées, est de 0,25 %.
105.000 € : c'est ce que coûte par an un soldat sur place.
1,3 million d'euros, c'est le coût quotidien de l'engagement des forces françaises en Afghanistan
http://www.francesoir.fr/actualite/societe/l’aghanistan-m’-pris-mon-fils-66261.html
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