jeudi 11 novembre 2010

Georges Tardy, le Poilu drômois aux 400 clichés

Un trésor. Un véritable petit trésor pour la mémoire. Dans sa boîte en carton, dans son album photo à la couverture taillée dans un calendrier début de siècle, dort la vie d’un Poilu. Des centaines de clichés, « 400 ! » annonce fièrement Bruno Tardy, et 700 lettres, classées, rangées, étiquetées.


L’histoire débute à Valence, il y a près de cent ans. 1914, la Grande Guerre démarre, et Georges, fils d’Alfred et Rose Tardy, qui tiennent commerce faubourg Saint-Jacques (entreprise de gaz, eau et électricité) part comme des millions d’autres - et comme ses deux frères Louis et Jean - sur le front. Mais il ne part pas seulement la fleur au fusil. Il part aussi avec l’appareil photo en bandoulière. Féru de photographie, le jeune homme qui vient de fêter ses vingt ans, n’oublie pas d’emporter avec lui tout le nécessaire pour ramener des clichés. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il ne rentrera que cinq ans plus tard...


«Gamin, raconte son fils Bruno, aujourd’hui âgé de 76 ans, je me souviens d’avoir vu cet album une ou deux fois, mais c’est tout ». Son père, comme beaucoup de ceux qui en “sont revenus“ ne parlera jamais de sa vie dans les tranchées. « Il a dû me raconter une anecdote ou deux...» concède-t-il. Dont la fameuse “trêve “de 1915 qui a donné naissance au film “Joyeux Noël“(lire par-ailleurs).


Des images en héritage
1968. Après une vie passée dans les soieries, à Lyon, Georges s’éteint. Bruno, qui habite à Fontaines-sur-Saône, au nord de Lyon, hérite d’une commode familiale, qui renferme en son cœur le fameux album. Pourtant, il faudra attendre encore quelques années avant qu’il ne plonge dedans. « Le déclic, raconte cet ingénieur à la retraite, ce sont ces lettres...» 700 missives adressées à sa famille par le militaire entre septembre1914 et septembre 1919, religieusement triées et conservées dans une boîte à chaussures, par la tante “Mimi“, la sœur de Georges.


« Ma sœur les avait récupérées lors du décès de notre tante ». Patiemment, Bruno va s’attaquer à leur lecture et leur retranscription. Il va ainsi pouvoir reconstituer les cinq années de son père dans les tranchées. Cinq années passées dans les lieux les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale : L’Artois, Verdun, La Lorraine, La Somme, L’Aisne, l’Oise (dont le Chemin des Dames, peu de temps après la fameuse attaque), les Vosges, l’Alsace... jusqu’à la Belgique, où il est positionné le jour de l’Armistice. « Il est ensuite parti en Allemagne jusqu’à la fin août 1919, puis il est rentré à Valence avant de retourner chez son employeur lyonnais ». C’est finalement là qu’il se marie et demeure.


Face à ce “reportage “de guerre incroyable, et après trois années passées à tout remettre en ordre, Bruno décide d’en faire un livre. Mais malgré 65 maisons d’édition contactées (!) il doit se résoudre à publier son ouvrage à compte-d’auteur. « Le but était de le mettre à disposition de ma famille et des gens que j’avais sentis intéressés... En aucun cas de faire de l’argent. C’est pour ça qu’on l’a vendu à 23 euros ». Autant dire que les 310 premiers exemplaires se sont envolés en deux temps trois mouvements. Et le retirage des 50 suivants également. Car il y a là plus qu’un simple témoignage, mais une prise directe sur la vie. Il y a près d’un siècle.


POUR EN SAVOIR PLUS: “Un Poilu dans la Grande Guerre”- Lettres et photos de Georges Tardy par Bruno Tardy - 23 euros. Livre à commander en écrivant à poilu14@free.fr ou sur http://poilu14.canalblog.com.Les personnes intéressées doivent contacter l’auteur afin qu’il relance un nouveau tirage, les 360 premiers exemplaires ayant été écoulés
http://www.ledauphine.com/ardeche/2010/11/11/georges-tardy-le-poilu-dromois-aux-400-cliches
hebergeur image

Aucun commentaire: